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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /2008 21:09
extrait d'un mail à Mam, fév 08'.

Mais nous sommes bien d'accord sur le désarroi du personnage... à qui vous reconnaitrez qaund même le mérite d'une certaine lucidité sur son cas, puisqu'il sent bien que quelque chose ne va pas, dans son affaire. Et ce n'est pas du vide que de décrire le vide...
 
Mais vous êtes un peu dure, je trouve : il n'obéit pas servilement à des pulsions. Il ne peut pas faire plus, même s'il aimerait bien, il n'a pas la richesse intérieure qu'il faudrait, tout absorbé qu'il est dans la vie extérieure, dans cet affairement permanent et délirant de la vie moderne que tout le monde loue, y compris et surtout les adultes qui nous reprochent ensuite d'être décervelés. Mais allez voir un directeur des études de l'EM en lui priant de vous affecter avec votre petite amie pluriannuelle dans la même fac à taiwan plutôt qu'à 400 km l'un de l'autre, et il vous enverra chier, genre : qu'est-ce que c'est que ces préoccupations extraprofessionnelles? Notre jeunesse a la vie sentimentale qu'on lui a permis d'avoir, en bonne partie.
 
C'est vrai qu'il n'a rien à donner, et que personne n'a rien à donner dans cette foutue jeunesse. Les gens se copient tous les uns les autres dans des tendances creuses issues du marketing, et cachent ce qu'ils ont d'individuel, ce qui déjà est un mauvais début. Et puis, tout simplement, ils n'ont rien dans la tête. Ils sont tous comme les petits versaillais : l'abondance dehors, le vide dedans. La sociologie des "nouvelles misères" nous renseigne bien sur cette situation. Les émeutes de banlieue, c'est pas le voleur de bicyclette ou la période mexicaine de Bunuel, c'est d'abord la misère spirituelle de gens qui "ne savent plus s'exprimer autrement qu'en tapant."
 
Ben ça c'est la faillite de l'éducation conjuguée à une revendication de plus en plus forte de liberté. Les gens sont de plus en plus jaloux de leurs prérogatives personnelles, et en même temps de plus en plus abrutis pour les plus bêtes, et enferrés sans espoir de retour dans la funeste présomption pseudo-nietzschéenne pour ceux qui se croient intellos. Les gens ne comprennent rien à ce qui leur arrive, la description de la vie intellectuelle et sentimentale est devenue d'une pauvreté épouvantable. Et cela dans toutes les couches de la société, commele disait fort justement Finkielkraut à Meirieu. Alors ça donne toute une palette de comportements amoureux tous plus navrants les uns que les autres, que j'ai sous les yeux en permanence, quand je n'y tombe pas moi-même, parce que l'effet d'entraînement débilisant est puissant. C'est ce que racontait déjà Allan Bloom dans le bouquin que lisait Papa tout le temps, c'est un peu ce que raconte Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte.
 
Tout se passe comme si les gens avaient voulu se gouverner eux même de plus en plus, et pour tout dire, à mesure qu'ils en devenaient plus incapables! Mon ancien prof Alain Renaut et toute sa clique à la Sorbonne écrivent des centaines de pages laborieuses en tournant autour de cette idée.
 
L'espoir, c'est que la nature humaine ne disparait jamais tout à fait. L'expérience maoïste nous l'a bien prouvé. Mais le jeunesse passe vite.
Par Philroll - Publié dans : Kunst & Literatur
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