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Mardi 16 janvier 2007
Réponse à une question posée sur le blog de Guy Sorman.


La question de fond, si je l'ai bien comprise, est de savoir si le Hezbollah est un mouvement agressif radicalement anti-israélien ou un légitime mouvement de résistance, et de simple résistance. Et remarquons que les termes de l’alternative se rapprochent de ceux d’un débat entre la position américaine et celle de l’Union Européenne qui a toujours refusé de classer le Hezbollah comme terroriste, même si elle a qualifié ainsi certains de ses membres.

Je crois que la réponse est bien simple ; le Hezbollah ne fait pas mystère de cet objectif : contribuer à la destruction d’Israël, et des Juifs, par extension, puisque le Hezbollah est aussi l’instigateur d’attentats antisémites commis hors de la région (en Argentine en 1994). Le Hezbollah est, depuis sa création en 1983, soutenu par l’Iran, où le Guide Suprême de la Révolution fixe les grandes orientations et contrôle directement certaines instances. Son chef spirituel, le cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, est un proche de feu l’ayatollah Khomeyni, qu’il a rencontré à Nadjaf lorsque ce dernier est parti en exil, en 1964. La doctrine est la même : l’orthodoxie chi’ite, la théocratie, l’expulsion ou l’extermination des Infidèles. Comme avec le Hamas, la haine est ontologique, et pas conjoncturelle.

Un ennemi par nature, même faible, est une chose effrayante. L’armée israélienne a sans doute eu grand tort d’envahir le Liban, comme les Etats-Unis ont eu tort d’envahir l’Irak. Mais l’agression venait quand même du Hezbollah. Mais Israël n’aurait pas été moins menacé sans la guerre qu’après la guerre. Mais ce n’est pas le cessez-le-feu du 14 août 2006 qui est précaire, mais l’existence d’Israël. Mais dans le cas du Liban comme dans l’affaire irakienne, on sent plus de cynisme haineux que d’humanisme et de volonté de comprendre chez certains des contempteurs de ces guerres. Tout cela, je ne crois pas que ça ne se voie pas du tout. Mais encore faut-il vouloir aller un peu plus loin que le JT de 20 heures.

Je pense que la menace est prise au sérieux en Israël, alors qu'en France, nous ne mesurons pas bien l'enjeu, au contraire des Arabes non extrémistes de la région. J'ajouterais même que les Israéliens ont une autre raison de redouter, non pas quelques coups et la perte de quelques territoires, mais leur propre disparition : c'est leur démographie. Non qu'elle soit trop faible pour une région surpeuplée, masi trop faible par rapport à celle des Palestiniens et des Arabes en général. On peut se demander si le destin d'Israël ne va pas être une tragédie dont l'achèvement aura lieu environ un siècle après son commencement. Bref si ceux qui le comparent au Royaume Franc de Jérusalem ne sont pas dans le vrai. Une formule d'Elie Barnavi résume assez bien cette situation dramatique : "Israël est un Etat colonialiste qui a réalisé sa colonisation à l'époque de la décolonisation."

Par Philroll - Publié dans : Politique - Affaires internationales
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