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Mercredi 17 janvier 2007

Le FN à son apogée ?

 

Le FN est entré dans ce que j’appellerais la dérive islamo-frontiste, qui fait suite à la dérive islamo-gauchiste qu’avait analysée Pascal Bruckner, et cette stratégie signée Marine & Martinez pourrait bien porter la poisse au parti en fournissant de bons arguments à un Villiers ou à un Dupont-Aignan.

 

Avec l’analyse que fait Le Pen de la crise des banlieues comme un pur événement « anarchiste », la rencontre avec l’antisémite Dieudonné, le ralliement d’Alain Soral, les positions sur l’Iran, le FN, qui est un parti auquel j’avais toujours reconnu au moins une certaine sincérité, et une certaine idée de la politique, me semble en train de faire, pour des raisons électorales, de graves compromis avec certains principes que jusqu’alors il défendait. Le FN avait condamné le meurtre d’Ilan Halimi avec une grande vigueur. Malheureusement, je ne suis pas sûr qu’elle serait la même aujourd’hui. Draguer les banlieues a un coût.

 

L’entrée d’Alain Soral, ancien PC prétendant avoir « actualisé » mais non pas renié le marxisme, et anti-américain obsessionnel, et le désir de capter les voix du « non », signifient aussi une dérive démagogique dans la dénonciation du « mondialisme », alors que notre économie a besoin d’une cure libérale, et certainement pas d’un repli protectionniste. Or le « mondialisme » a volé la vedette au socialisme, principal ennemi dans les années 80. Que le concept d’UMPS ne soit qu’une habile trouvaille électorale à laquelle Le Pen lui-même ne croit évidemment pas (1) ne change rien à l’affaire car la stratégie de son parti est fondée là-dessus.

 

Bref, l’union patriotique ne marche pas, et elle pourrait finir par détourner certains électeurs de Le Pen. Par exemple, sur Radio Courtoisie, un récent entretien entre Henry de Lesquen, le Président du Club de l’Horloge, favorable à l’union des droites, et Martial Bild, cadre parisien du FN, aurait pu tourner au vinaigre si l’arrogance de Lesquen, qui coupe systématiquement la parole de tout interlocuteur qui discute sa position lorsqu’il estime avoir raison contre ce dernier, ne s’était pas merveilleusement emboîtée dans la timidité de Bild. Je me souviens d’ailleurs que le très royaliste Serge de Beketch n’avait pas beaucoup apprécié le livre de Marine A contre-flots, où elle se déclarait notamment en faveur du droit à l’avortement. Tout en lui reconnaissant du courage et en partageant évidemment de nombreux points de vue avec elle, il se rendait bien compte qu’il y avait désormais, entre lui, l’ancien directeur de la rédaction de Minute, et la vice-présidente du Front National, plus qu’un changement de génération.

 

La force du FN depuis 1972 est d’être parvenu à faire marcher ensemble des gens qui n’avaient presque rien de commun que leur mécontentement des autres. Le Pen lui-même l’a dit récemment, lors de l’émission qu’il faisait avec Bayrou sur France 2 le soir de l’élection de Ségolène Royal à la primaire PS. Et il faut être aussi ignorant et méprisant qu’Arlette Chabot pour ne pas le savoir et lui répondre comme elle l’a fait : « ah bon, on ne s’en était pas aperçus. » Il faut aussi être assez borné, soit dit en passant, pour ne pas avoir vu, pour une anti-nationale fielleuse comme elle l’est, qu’il y avait là une occasion d’attaquer un point faible de Le Pen. Mais ces gens se font une image si fantasmagorique du FN qu’en plus de lui prêter des défauts imaginaires, ils ne voient pas ses défauts réels.

 

Mais revenons au sujet. L’ennui, c’est que la formule a peut-être atteint son extension maximale, qui plonge le parti dans des contradictions qui ne sauraient manquer d’éclater finalement au grand jour. Alors je pose la question : à l’heure ou le courant orléaniste-giscardien-libéral est en train de l’emporter à droite et que s’annonce une ère de cohérence idéologique au sein du mouvement gaulliste, le FN, avec ses contradictions et le vieillissement de son leader charismatique, ne risque-t-il pas d’entrer dans une phase de divisions et de déclin ?


 

(1) Dans le cas contraire, pourquoi répète-t-il qu'il préfèrerait se voir opposé à Ségolène Royal qu'à Nicolas Sarkozy?

Par Philroll - Publié dans : Politique - France
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