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Si j’avais à expliquer mes pensées sur la décadence actuelle de la philosophie, voici ce que je dirais.
On étoit autrefois philosophe à bon marché : il y avait si peu de vérités connues ; on raisonnoit sur des choses si vagues et si générales. Tout rouloit sur trois ou quatre questions : quel étoit le souverain bien, quel étoit le principe des choses : ou le feu, ou l’eau, ou les nombres, si l’âme étoit immortelle, si les dieux gouvernaient l’univers. Celui qui s’était une fois déterminé sur quelqu’une de ces questions étoit d’abord philosophe, pour peu qu’il eût de barbe. (Montesquieu)
Certes.
On est aujourd’hui philosophe à grands frais : il y a tant de croyances démasquées ; on raisonne sur des choses si petites et humbles. Tout roule sur trois ou quatre pseudo-questions assassines pour la discipline elle-même : si la morale est une pensée dépassée, si l’on peut faire de la métaphysique: ou Heidegger, ou Wittgenstein, si l’âme existe ou n’est que fiction, si l’ « univers » est un concept véritable ou une idée de songe-creux. Celui qui a une fois bien bêlé en amphithéâtre sur l’une ou l’autre des dépendances de ces questions est déclaré philosophe, pour peu qu’il s’exprime inintelligiblement et soit dans l ‘ignorance la plus consternante des vérités aujourd’hui certaines et qui importent vraiment à l’être humain.
Sans remonter jusqu'aux Métaphysiques du Philosophe (comme dit Saint Thomas), disons tout de même ce qui suit.
"Il y a bien longtemps, il était un pays où des penseurs et des philosophes étaient inspirés par les sciences, pensaient et écrivaient clairement, cherchaient à comprendre le monde naturel et social, s'efforçaient de répandre ces connaissances parmi leurs concitoyens, et mettaient en question les iniquités de l'ordre social. Cette époque était celle des Lumières et ce pays était la France." (Alan Sokal, Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Odile Jacob, 1997)
Je vais bientôt avoir 22 ans. Je suis sur les bancs de l’école depuis l’âge de 5 ans. J’ai connu pas mal de choses, la fac, les CPGE, les stages en tous genres, pas mal de matières, les sciences humaines, le droit. J’ai connu les félicitations des jurys et les avertissements de travail, les dizaines d’heures de colle et l’amitié de quelques professeurs.
Parfois, je pense à Achille, instruit et éduqué par le centaure Chiron, à Alexandre, formé par Aristote lui-même, aux chapitres de Montaigne contre le « pédantisme », expression signifiant à l’époque l’activité professorale, mais déjà teintée de la connotation que nous y mettons aujourd’hui. A 32 ans, César se désolait : « à mon âge, disait-il, Alexandre avait déjà conquis le monde. » Que serai-je dans dix ans ? Déjà l’angoisse de ce qui eût été possible et n’a pas été me saisit.
Alors, mon esprit s’évadant du lourd réseau de prêt à penser qui nous traque tous, je me dis que j’aurais pu acquérir le double du savoir que je maîtrise, si ce n’est plus, en la moitié de temps, si ce n’est moins. Je me dis surtout qu’il est une foule de choses dont je n’aurais pas dû m’embarrasser, et une foule plus encombrante encore, dont j’ai bien dû m’embarrasser pour passer des examens, tout en sachant parfaitement que, telles une monnaie de pays communiste, elles n’avaient aucune valeur à l’extérieur. Je me dis qu’il y a des sujets où ma connaissance a arrêté de progresser depuis l’âge de huit ans. Je me dis qu’il y en a où elle a stagné pendant des années, sur des questions capitales, sans que jamais aucun de ceux qui osent, de nos jours, s’appeler des professeurs, n’approchent de loin d’y fournir un embryon de réponse. Je me dis aussi qu’ayant fait trois ans d’études de philosophie, j’aurais pu ne pas savoir toute la philosophie que je sais (qui est du reste fort incomplète), parce que je l’ai apprise en marge de mes études, par le goût et l’effort personnel qui étaient censés me servir pour elles, et qui n’ont fait que nourrir mon hostilité à elles. Je me dis encore qu’il y a des disciplines essentielles à la compréhension du monde contemporain, dont on tient volontairement le peuple éloigné : comme le prouve mon texte sur les 35 heures et la valeur-travail, il est infiniment regrettable que tous les petits Français des filières générales au moins ne soient pas obligés de suivre un enseignement fondamental en économie et en sciences sociales.
Un jour, dans un couloir de la fac, j’ai explosé, et un très gros bonnet de la Sorbonne, que je ne voyais pas, a tout entendu. Il avait un entretien avec une personne de ma connaissance juste après. « Qu’il se méfie, lui a-t-il dit ; avec un tel tempérament, il n’aura jamais l’agrégation. »
C’est en me débattant contre l’avis de mes profs de prépa que j’ai eu la première expérience professionnelle, en 2003, à 18 ans. J’ai travaillé dans un journal, un ministère, demain un musée, une maison d’édition, le mannequinat… Je me heurte encore à la pieuvre de la médiocrité, sous la forme du refus universitaire de laisser ses étudiants se former à ce qui leur apprend vraiment quelque chose, les préservera peut-être du chômage, leur permettra d’acquérir une expérience de ce qu’est véritablement le travail, voire leur permettra d’apprendre une fois à se connaître et à choisir ce qu’ils veulent faire vraiment de leur vie, au lieu de ne considérer cette question que d’un stupide point de vue matérialiste, égoïste et platement économique (au sens psychanalytique), ainsi que les manifestants anti-CPE, ces « jeunes vieux », comme disait Claude Imbert, nous en ont donné le navrant exemple. C’est le triomphe du droit-créance, qui vient même rogner les droits-libertés : indice d’une société dépravée, qui, pour reprendre l'éternelle et sublime anthropologie de Platon, place le bide et les couilles plus haut que le cœur et l’esprit.
"Education nationale", Université aliénante, politiciens liberticides, je vous hais!
Au premier livre du tome II de la Démocratie en Amérique, Tocqueville s’interroge sur le goût des français pour l’idéologie (ce qu’il appelle les « idées générales ») en politique, comparé au pragmatisme des Américains. La raison en est, d’après lui, que les Américains se sont gouvernés tout de suite, tandis que nous avons pensé la démocratie avant de la pratiquer effectivement. D’où, peut-être, et là je sors de ce que Tocqueville a expressément dit, un Rousseau, et sa mathématique politique.
D’où le fatal mirage de la souveraineté populaire, dont un homme plus « terrestre », comme dirait Nietzsche, que Rousseau, a dit ceci par anticipation : « Pour règle générale, toutes les fois qu’on verra tout le monde tranquille, dans un Etat qui se donne le nom de République, on peut être assuré que la liberté n’y est pas. Ce qu’on appelle union, dans un corps politique, est une chose très équivoque. La vraie est une union d’harmonie, qui fait que toutes les parties, quelque opposées qu’elles nous paraissent, concourent au bien général de la société, comme des dissonances dans la musique concourent à l’accord total. Il peut y avoir de l’union dans un Etat où l’on ne croit voir que du trouble, c’est-à-dire une harmonie d’où résulte le bonheur, qui seul est la vraie paix. Il en est comme des parties de cet univers, éternellement liées par l’action les unes et la réaction des autres. » (Montesquieu, Considérations). Qui est le Newton du monde politique ?
Il existe d’ailleurs un excellent livre, œuvre d’un homme de gauche, qui reconstitue les désastres dus, dans l’Histoire de la France moderne et contemporaine, à cette rengaine républicaine : La Faute à Rousseau, de Jacques Julliard (Seuil, 1985).
Or cet esprit est encore bien vivace de nos jours : du petit livre rose « réussir ensemble le changement », du slogan « construire ensemble » qui s’étale bêtement sous le pupitre de meeting du candidat réputé libéral, aux « projets de société » dont Dieu sait que les socialistes ont été prolixes et dont ils prétendent nous gratifier encore une fois dans huit jours. Pourquoi ? Peut-être, me semble-t-il, parce que notre Etat et notre société sont bien plus collectivistes et bien moins libéraux qu’on le prétend, et que, comme disait je ne sais plus qui, « l’esclave perd tout dans les fers, jusqu’au désir de s’en sortir »…
Mon cher Tristan,
J’ai lu votre texte, mais seulement la moitié des commentaires et de vos réponses, car je n’en finissais pas. Vous voudrez donc bien m’excuser si je dis des choses qui ont déjà été dites et discutées.
J’avoue que j’ai bien ri de votre formule : “d’une intelligence modérée”. C’est un peu mon avis. Il y a des intervenants, sur cette radio, pour qui j’ai bien plus d’estime intellectuelle : le professeur Lucien Israël, Pierre Chaunu, Jean Tulard, Jean Sévillia, ou, parmi les seuls animateurs mais à un degré moindre, le vicomte de Lesquen ou Claude Reichman. En même temps, je n’écoute radio Courtoisie que depuis 2004 (j’ai 21 ans) et je pense que les effets de l’âge avaient diminué Jean Ferré.
Je ne connais pas Maurras aussi bien que vous semblez le connaître. J’aurais bien voulu lire, en particulier, son livre de 1937, “Mes Idées politiques”, mais Maurras est quasi introuvable aujourd’hui. Il m’intéresse pour plusieurs raisons. D’abord pour son rôle historique non négligeable, par l’influence intellectuelle qu’il a pu avoir. Ensuite, aussi, au niveau intellectuel. Je comprends que vous ayez en horreur son antisémitisme répugnant. J’y reviendrai. Mais sa filiation avec le romantisme allemand, le courant politique oublié qu’il représente aujourd’hui, cela en fait pour moi un auteur intéressant. La curiosité philosophique ne nous pousse-t-elle pas vers ce qui, au premier abord, nous semble le plus étranger à nous-mêmes? Ne faut-il pas se nourrir de la différence? N’y a-t-il pas quelque chose de beau quand un Tocqueville, ou un Chateaubriand, victimes personnelles des idées modernes, en font l’examen et en reconnaissent la grandeur et la légitimité? Bref, moi, je me méfie des censures reçues. Sous la Restauration, j’aurais lu Rousseau et Voltaire en cachette. Maintenant, j’aimerais bien trouver Maurras.
Je ne comprends pas votre principe : juger les écrivains par le pire. C’est aussi naïf, me semble-t-il, que de refuser de voir leur part d’ombre. Mais qui pourrait prétedre réduire qui que ce soit de l’époque à son antisémitisme, préjugé quasi sociologique à l’époque, un peu comme on est antilibéral aujourd’hui, par exemple? Platon était “réac” : vous jetez la “République”? Aristote était sexiste et modérément esclavagiste : vous jetez la “Métaphysique” aux ordures? Descartes et Montaigne étaient très conservateurs, Rousseau était homophobe et antilaïque, Hegel était sans doute raciste, Nietzsche était sexiste, ultraviolent, antidémocrate, antisocialiste : ces auteurs ne valent-ils pas pourtant, ontellectuellement et moralement, des charretées entières de nos “modernes” qui n’ont pas ces tares? Enfin, pardon de touche à l’idole, mais vous savez bien que Marx était violemment antisémite, parce que vous avez lu comme moi la “Question juive” de 1844, où Marx … critique les droits de l’hmme et du citoyen. Marx est pourtant un très grand homme, je suis le premier à le dire, et à regretter ne pas connaître sa pensée mieux que je ne le fais aujourd’hui.
Vous savez que tous les exégètes appliquent le principe de la “lectio difficilior” : donner “toutes ses chances au produit”, comme diraient les commerçants. C’est plus courtois, et plus efficace aussi, pour qui cherche la vérité. C’est pourquoi, pardon, mais je trouve votre position intenable.
Recevez l’expression de ma considération, et si vous le permettez, de la grande admiration que je porte à la personne et à l’oeuvre de feu votre grand-père.
http://blog.mendes-france.com/2006/10/17/le-maurrassien-jean-ferre-nest-plus/
Comme je ne suis pas du tout mais plutôt pas assez "attaché au piquet de l'instant", j'ai de la suite dans les idées. Je t'envoie un petit texte amusant au sujet de ce qui nous intéressait hier.
La vie de Jocelyn
ou
Le Jocelyn malvenu
" "L'histoire que j'écris, dit quelque part l'abbé Prévost, n'est composée que d'actions et de sentiments". Cela est vrai de presque toute son oeuvre. Chaque récit y apparaît comme une double série d'actions et de sentiments juxtaposés, qui n'ont pour unité extérieure que de se suivre les uns les autres, et pour unité interne, que de se rapporter au même personnage. De même que le temps lockien s'obtient en remplaçant continuellement dans une même pensée une idée par une autre, le temps prévostien est d'abord constitué par la substitution perpétuelle, en une même existence, d'une aventure à une autre aventure. [...] Il multiplie les épisodes, précipite le cours de chacun, se dépêche de finir l'un et de commencer l'autre ; en sorte qu'à peine le héros est-il au début d'une aventure, qu'il est saisi et porté à un dénouement, d'où il ne sort que pour être jeté à l'épisode suivant. [...]. C'est comme une cassure qui se fait dans l'existence, et qui dès lors ne laisse plus au héros et au roman d'autre alternative que de recommencer à neuf. ainsi la durée prévostienne se présente moins comme une durée véritable que comme des morceaux de durée nettement séparés, aux arêtes tranchantes, qu'il semble impossible de reconstituer en temps continu."
Georges Poulet, Etudes sur le temps humain, I, IX, p 189.
La fin fait penser à du Heidegger, c'est ainsi qu'il caractérise la temporalité de la "préoccupation", par opposition à la temporalité originaire, unique et sincère de "L'Etre-pour-la-mort" (nous). Ou c'est le temps spatialisé scientifique de Bergson contre la "durée", le sentiment intérieur du temps, celui qui fait par exemple qu'un jour à vingt ans n'est pas un jour à quarante, etc. D'ailleurs, le rapprochement, pour ce dernier, n'est pas accidentel du tout, car Poulet est bergsonien, comme Proust à qui il consacra de nombreux travaux comme tu le sais.
Si je voulais être excessivement péteux, je dirais pour commenter ce texte qu’il y a dans la vie humaine une « dialectique de l’instantané », ou « dialectique de l’attachement au piquet de l’instant », si tu préfères (lol). Elle consiste en ce que l’homme primitif, ou l’enfant, commence par être le jouet de sa pure sensation. Puis vient la comparaison, comme dit bien Rousseau (et la neurophysiologie moderne après lui), la mise en rapport, qui suppose la mémoire, le détachement de son soi immédiat. Tel est le loisir, la phase de l’étude, qui ne se retrouve plus jamais sauf avant la mort. Epoque correspondant à la prédominance de cette idée, genre un « moment » hégélien, ou un « stade » kierkegaardien. Et, troisième terme de la dialectique, le retour à l’attachement à l’instant, mais dans la sollicitation permanente et sans loisir non pas de la sensation cette fois, mais de la pensée elle-même, absorbée dans le « règne de la technique », comme disent les heideggerriens. Si je voulais remonter encore dans les généralisations, je dirais que ceci se rattache au genre « dénonciation d’un progrès apparent » (Casa), qui fut inauguré par Rousseau : le sauvage de Rousseau commence par être l’homme de la nature, qui, dans sa grande sagesse, modèle poursuivi par les anciens stoïciens, épicuriens et cyniques, ne lui permet pas d’écart et par là assure son bonheur. Puis il est l’homme de l’homme, et apparemment sa condition s’améliore : c’est le moment des monuments de l’esprit humain, du transformativisme, de l’ « arraisonnement de l’étant », comme dit si poétiquement Heidegger. Puis, comme chacun sait, tout dégénère entre les mains de l’homme, la machine s’emballe, et telle la philosophie, le progrès s’avère le remède perfide d’un mal illusoire, et comme dirait Bossuet, « cette orgueilleuse sagesse du siècle se trouve merveilleusement confondue par les Très Saints Mystères. ». Cette phrase, et cette expression, me font toujours hurler de rire.
J'ajoute cependant contre nos modernes dégénérés qui ne veulent pas remplir le tonneau sous prétexte qu’il se vide, que cette vie hachée pourrait faire envie et je louerais alors Jocelyn... Non, bien sûr, car les coupures qu'il y a dans le texte sont significatives, ils prostituent le texte, et enlèvent à Jocelyn la trempe d'un héros prévostien. Pour faire un tel héros, il faudrait une synthèse de la vie de Jocelyn et de la mienne. La référence est plus humoristique qu'autre chose.
Troisième remarque : comme tu es très cultivée, tu auras remarqué l'extrême drôlerie des titres que je donne à mon extrait.
PS : l'image est celle de la scène finale de la Manon Lescaut de Massenet, livret de je ne sais plus qui. Mis en scène à l'opéra Bastille en 2001. J'en rêve encore.
Tout ce que nous en savons, c'est que c'est un personnage mystérieux, et assurément le plus sollicité, le plus tourmenté, le plus affairé, le plus conseillé, le plus accusé, le plus invoqué et le plus provoqué qu'il y ait au monde.
Car, Monsieur, je n'ai pas l'honneur de vous connaître, mais je gage dix contre un que depuis six mois vous faites des utopies; et si vous en faites, je gage dix contre un que vous chargez l'État de les réaliser.
Et vous, Madame, je suis sûr que vous désirez du fond du c?ur guérir tous les maux de la triste humanité, et que vous n'y seriez nullement embarrassée si l'État voulait seulement s'y prêter.
Mais, hélas! le malheureux, comme Figaro, ne sait ni qui entendre, ni de quel côté se tourner. Les cent mille bouches de la presse et de la tribune lui crient à la fois:
« Organisez le travail et les travailleurs.
Extirpez l'égoïsme.
Réprimez l'insolence et la tyrannie du capital.
Faites des expériences sur le fumier et sur les ?ufs.
Sillonnez le pays de chemins de fer.
Irriguez les plaines.
Boisez les montagnes.
Fondez des fermes-modèles
Fondez des ateliers harmoniques.
Colonisez l'Algérie.
Allaitez les enfants.
Instruisez la jeunesse.
Secourez la vieillesse.
Envoyez dans les campagnes les habitants des villes.
Pondérez les profits de toutes les industries.
Prêtez de l'argent, et sans intérêt, à ceux qui en désirent.
Affranchissez l'Italie, la Pologne et la Hongrie.
Élevez et perfectionnez le cheval de selle.
Encouragez l'art, formez-nous des musiciens et des danseuses.
Prohibez le commerce et, du même coup, créez une marine marchande.
Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L'État a pour mission d'éclairer, de développer, d'agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l'âme des peuples. »
? « Eh! Messieurs, un peu de patience, répond l'État, d'un air piteux. »
« J'essaierai de vous satisfaire, mais pour cela il me faut quelques ressources. J'ai préparé des projets concernant cinq ou six impôts tout nouveaux et les plus bénins du monde. Vous verrez quel plaisir on a à les payer. »
Mais alors un grand cri s'élève: « Haro! haro! le beau mérite de faire quelque chose avec des ressources! Il ne vaudrait pas la peine de s'appeler l'État. Loin de nous frapper de nouvelles taxes, nous vous sommons de retirer les anciennes. Supprimez:
L'impôt du sel;
L'impôt des boissons;
L'impôt des lettres;
L'octroi;
Les patentes;
Les prestations. »
Au milieu de ce tumulte, et après que le pays a changé deux ou trois fois son État pour n'avoir pas satisfait à toutes ces demandes, j'ai voulu faire observer qu'elles étaient contradictoires. De quoi me suis-je avisé, bon Dieu! ne pouvais-je garder pour moi cette malencontreuse remarque?
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans c?ur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l'école anglaise ou américaine.
[...]
L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.
Frédéric Bastiat
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